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poissonsucette
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Sep 9, 2015

Accompagner son enfant à comprendre la mort est un moment d’une vibrante intensité. Les livres donneront des tonnes de techniques…. Je pense pour ma part qu’il faut respecter la vérité de ce moment, les accompagner à vivre leurs émotions et leur accorder une sincère attention. Mais surtout ouvrir en grand la porte de notre sensibilité de père. Cela les conforte dans le fait qu’être sensibles aux événements est une chose naturelle.

 

Lorsque ce matin, ma fille de 3 ans s’est levée, elle s’est rendue compte que son petit poisson rose ne bougeait plus. Ce petit combattant, elle l’avait nommé “Sucette”. Sucette était le copain de “Blop”, le combattant de mon fils, brillant d’un bleu magnifique. Lorsque me petite tête blonde me pose la question fatidique : “Pourquoi Sucette elle ne bouge plus ?”, je sens bien que vient l’amorce d’une grande discussion. Je lui réponds très clairement “Je pense que ton petit poisson est mort”. Habituée aux blagues de son papa, ses yeux s’écarquillent, son visage s’illumine d’un sourire accompagné d’un “Naaaaan… c’est pas vrai”.

 

Alors je m’assois sur une chaise, la regarde dans les yeux et lui dit : “Je ne rigole pas ma puce. Le petit poisson est mort”. Je vois bien que dans sa tête, un truc se joue, les pensées se mélangent, mais elle préfère rapidement passer à autre chose.

 

Je la laisse un peu, mais décide de revenir  vers elle, et sous l’insistance de son grand frère, je décide de mettre en place le petit cérémonial que j’avais présenté.

 

“Nous allons choisir une boîte, pour pouvoir mettre le corps du petit poisson”. Nous choisissons ensemble une boîte vide et y posons un peu de coton. Une fois, prêts, nous vidons l’eau du poisson et je prends le petit corps inerte.

“Pourquoi il bouge plus ?” me demande ma fille.

“Parce qu’il est mort et lorsqu’on est mort, le corps ne  bouge plus”

Je vois bien que ça la secoue, mais elle encaisse le choc.

“Pourquoi il est mort ?”

“On ne sait pas, peut-être que l’eau était trop froide pour lui….mais tu sais, il va aller au paradis des poissons”.

“C’est quoi le paradis des poissons ?”

“C’est un endroit où les petits poissons qui meurent continuent de vivre avec d’autres poissons morts mais sans leur corps”

Je vois bien que matérialiser le « paradis des poissons » n’est pas facile pour elle.

“Alors je le reverrais plus Sucette ?”

“Non, mais il sera toujours dans ton coeur et dans tes pensées”.

Encore une fois, tout ce bouscule dans sa tête.

Sa petite voix fluette me transperce :

“Il reviendra jamais alors ?”

“Non, il ne reviendra jamais”

 

Lorsque le poisson est posé sur son petit matelas blanc, je me mets accroupi et lui dit, en la regardant dans les yeux :

“C’est normal que ton petit coeur soit triste, tu as le droit d’être triste parce que ton poisson est mort”.

 

Elle comprend dès lors que le petit poisson est vraiment parti, que papa ne rigole pas.

 

Ses lèvres se mettent à trembler et de profondes larmes se mettent à perler. Bousculé de toute ma tendresse de père, je la prends dans mes bras, lui répétant qu’elle avait le droit de pleurer. Au moment où je la serre dans mes bras, mon coeur se met à vibrer de l’écho du souvenir de la disparition de mon père, du manque et du trouble qu’avait généré le moment de son départ. Des larmes profondes me viennent, rythmées par les pleurs profonds de ma fille qui me touchent d’autant plus. Nous pleurons ensemble et son frère vient nous rejoindre, triste aussi de la disparition du petit poisson.  Le regard de ma fille se plonge dans le mien.

“Pourquoi t’es mouillé sur ton visage ?”

“Parce que te voir triste me rend triste…”

 

Et nous nous accordons le droit de pleurer, de vivre cette joyeuse tristesse que de se libérer de la peine de la perte du vivant qu’on a aimé.

 

Je me suis souvenu qu’avec mon filleul, très attaché à mon père, j’avais décidé de lui demander de dessiner “Papy-Ange”. Alors je propose à mes deux petits bouts de dessiner le paradis des poissons.

 

Mon petit garçon trouve l’idée très réjouissante et s’empresse d’aller chercher feuilles et crayons.

 

J’aide ma petite princesse à dessiner le début de son paradis des poissons. Alors à ton avis qu’y a t’il dans le paradis des poissons ?

“Des poissons” (au moins Sucette aura des copains)

Quoi d’autre ? Dans quoi vivent les poissons ?

“De L’eau”

“Alors dessinons de l’eau”

 

Lorsque ma fille dessine son petit poisson tout déformé de couleur rose et que mon fils dessine son blop au paradis des poissons pour accompagner “Sucette”, une profonde tendresse, un amour inconditionnel me remplit le coeur, touché par leur innocence pure et leur fragilité la plus sincère.

Des cœurs remplissent la feuille de mon fils, et avec ma fille nous décidons de lui mettre quelques graines pour manger et un petit coeur, pour qu’il ait toujours de l’amour.

Ce dessin a accompagné “Sucette”, notre petit poisson. Quelques pleurs ont suivi, mais avec ma femme, nous avons décidé d’enterrer le petit poisson sans qu’ils soient là et de leur expliquer. Chaque chose en son temps…

Depuis, un petit “Chewing-Gum” a pris sa place. Parce que ma princesse adore les chewing-gums.

 

Post written byFabien - Au pied d'un arbre

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