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Photo du roman "Au pied d'un arbre"
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Sep 14, 2015

A lire – Chapitre 1 – Découverte du personnage de Lisa

La tête entre les mains, assise au bord du lit, Lucie réfléchissait à sa vie. Exposée sur sa table de chevet, une photo d’elle, en robe de mariée. C’était un mois de Juin, Adam, fou amoureux, lui avait demandé sa main. Ils avaient décidé de se marier, comme ça, sur un élan de cœur, évitant la démonstration anxiogène du « grand mariage tendance ». Accompagnés de quelques proches, familles et amis, ils avaient passé une journée inoubliable, remplie d’un bonheur sincère. Sur cette photo, elle semblait apaisée, sereine.

 

Lors de leur nuit de Noce, leurs regards s’étaient plongés l’un dans l’autre, transperçant durablement ce qui vibrait au plus profond d’eux-mêmes…

 

Qu’en était-il aujourd’hui ? Etait-elle réduite à être la femme de ménage de la maison ? La mère nourricière ?

 

Adam travaillait beaucoup… Encore plus depuis la naissance d’Hugo, leur fils. Son bébé avait deux ans aujourd’hui, et Lucie refoulait en elle l’idée que depuis la naissance de leur fils, elle était devenue une autre personne, un peu morte, déconnectée d’elle-même, perdue dans les couches, le vomi, les réveils nocturnes… Et l’absence totale  de projet de vie…

 

Devant ses amis, il était de bon ton de prôner son bonheur. Alors elle jouait le jeu voulu par les autres, d’un sourire de façade, bien travaillé, qui donnait une illusion parfaite de joie et de fierté. Mais au fond d’elle, une rupture avait eu lieu. Elle n’était plus la même. Lorsqu’ Hugo s’endormait, cette vision de tendresse dansait macabrement avec une  sensation de mourir un peu plus.

 

Tout pouvait-être pourtant si simple. Un mari, un fils, une situation plutôt agréable avec ce magnifique appartement. Mais rien à y faire, quelque chose ne fonctionnait plus.

 

Adam perdait un peu pied aussi dans cette situation, ajoutant à la puissance de sa culpabilité. Elle pensait au fond d’elle qu’il irait « voir ailleurs », qu’une femme le soulagerait de sa « méchante Lucie ».

 

Il rentra dans la pièce, continuant la dispute qu’ils avaient entamé quelques minutes plus tôt.

 

> Mais Lucie, Lucie…. Tu sais bien que je t’aime !
> Le problème n’est pas là…

 

Elle regardait évasivement vers le fenêtre. Adam se rapprocha d’elle en posant ses poings sur les hanches.

 

> Mais alors explique-moi ! Dis-moi ce qui ne va plus ? Toi tu ne m’aimes plus ?

 

Après quelques secondes de silence, elle le transperça.

> Je ne sais plus aimer.
> Mais que me racontes-tu ? Et Hugo ?
> Hugo, ce n’est pas pareil. Je dois l’aimer. Je n’ai pas le choix.
> Alors, et si nous deux…
> Si nous deux quoi ? C’était terminé ?
> Je ne sais pas… Tout est en train de s’effondrer Lucie. Et chaque fois que je tente quelque chose, j’ai la sensation que tu t’enfonces un peu plus profondément. Je ne sais plus où est la fille pétillante que j’ai épousé.

 

Ses yeux se dirigèrent dans ceux d’Adam avec une noirceur inquiétante.

 

> Au dixième sous-sol, en dessous de la mère horrible que nous avons créée, laveuse de chaussettes, préparatrice de biberons ….

 

Adam se mit à faire les cent pas dans la chambre, cherchant une solution.

 

> Ecoute, si cela tient au fait d’avoir une activité professionnelle, on peut prendre une nourrice…

 

Lucie le coupa, pris d’une soudaine rage.

 

> Et échouer aussi dans mon rôle de mère !!! Hors de question ! Tu m’entends, je préfère crever !
> Ecoute, je ne comprends pas pourquoi tu te mets dans des états pareil. Je vais me poser un peu chez mes parents, jusque demain, soir. J’y verrai plus clair.
> Tu vas plutôt voir ta maîtresse…
> Mais qu’est-ce que tu racontes ?
> J’espère en tout cas qu’elle te fait bien jouir.
> Ça devient n’importe quoi Lucie. Tu deviens méchante. Tu cherches à me faire souffrir autant que tu souffres. Je reviendrai demain soir, je prends Hugo, moi je l’aime. Je ne dois pas l’aimer. Je l’aime. Si tu veux me parler, je suis là. Et saches- que moi je t’aime.

 

Lorsqu’il claqua la porte, une sensation de barrage qui s’effondrait remplit le cœur de Lucie. Elle se mit à se vider de toutes les larmes de son corps. L’incompréhension de son mari, le fait qu’Hugo ne serait pas là cette nuit … alors qu’elle n’en pouvait plus d’Hugo ! Tout se mélangeait. Dans les tourments de sa douleur, Lucie sanglota des mots, allongée par terre, vide de toute énergie.

 

> Moi aussi je t’aime… mais je ne m’aime plus.

 

Elle se releva et se rendit dans la cuisine. En ouvrant la porte du placard, la boîte d’anxiolytiques, encore pleine, celle qu’elle ne voulait pas consommer, lui tendit les mains. Elle ouvrit lentement le couvercle, perdue dans son vide intérieur, versa l’équivalent de la moitié de la boîte dans sa main, décidée à cesser ce supplice. Le verre d’eau, posé sur la table, serait le dernier sirop de sa vie. Tout serait bientôt terminé.

 

Sa main, comme une dernière gifle, claqua sur ses lèvres déversant les gélules dans sa bouche. Un moment d’hésitation foudroya son âme et un flot d’angoisses existentielles la remplit.

 

Mais elle prit le verre, les larmes coulant de colère. Le porta à sa bouche. Et le temps s’arrêta.

 

C’était donc ça, son point final ?

 

D’être une pauvre femme, en chemise de nuit toute la journée, qui fuyait ce que semblait désirer toutes les femmes, un mari aimant et un bébé attendrissant.

 

Finir comme un animal, tuée par des cachets dégueulasses, morte sur le carrelage de la cuisine pas lavé par manque de courage, à côté de la litière dégoutante du chat.

 

En bref, finir « lâche ».

 

Et son fils, qu’aurait-il pensé de sa maman ? Qu’allait-il écrire sur les formulaires de début d’année à l’école ?

 

Père – Directeur Marketing
Mère – Morte à côté de la litière de Kizzy.

 

Dans le flou de ses larmes, une carte dansait devant ses yeux. Punaisée sur le mur de la cuisine. Une carte qu’elle avait prise sur le comptoir de la boulangerie du quartier. Sur cette dernière était écrit :

 

« Mr Théo – Guide de vie »
Rendez-vous uniquement par mail

 

Ses larmes cessèrent. C’était maintenant ou jamais. Un dernier espoir. Qu’avait-elle à perdre ?

 

Elle cracha les cachets dans son verre d’eau et jeta le tout dans le lavabo. Saisit un mouchoir dans la boîte Kleenex, et se moucha. Un deuxième essuya ses larmes.

 

Elle s’assit devant l’écran de son ordinateur portable. Tapa l’adresse mail et commença à lui écrire.

 

A suivre – Chapitre 3 – Découverte des personnages de Arthur et Emmy

Post written byFabien - Au pied d'un arbre

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