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Votre magazine moderne sur le développement personnel & la spiritualité

Couple walking at alley in night lights. Photo in vintage multicolor style.
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Sep 23, 2015

 

Arthur n’en pouvait plus des basses de cette discothèque. Un peu trop alcoolisé, il titubait légèrement lorsqu’Emmy, l’une des filles invitée par ses amis le prit par le bras pour l’emmener à l’extérieur.

 

– Suis-moi.

 

Au milieu de l’agitation et de la bousculade, Arthur et Emmy se frayèrent un chemin avec difficulté. Enfin arrivée devant l’entrée, une vague d’air frais les submergea. Emmy se passa la main dans les cheveux et tourna sur elle-même.

 

– J’en pouvais plus ! J’ai les oreilles explosées…

 

Arthur la regarda plus attentivement. Emmy avait l’air d’une fille sympa, libre et un peu folle. Ils s’assirent sur un banc et elle lui adressa la parole en regardant droit devant-elle.

 

– T’a l’air un peu paumé au milieu de tes potes…

 

Après quelques secondes de réflexion difficile Arthur lui adressa enfin la parole.

 

– C’est pas faux….
– T’es un timide ?
– C’est pas faux…
– T’as peur des femmes ?

 

Arthur secoua la tête en rigolant.

 

– Non, c’est pas exactement ça.

 

Emmy le regarda fixement et afficha un grand sourire.

 

– Dis-moi pas que tu es homo ?

 

Arthur éclata de rire.

 

– Non, non, non…mais, tu sais ce n’est pas une maladie.

 

Emmy rit à son tour et ponctua d’un silence un peu gêné.

 

– Moi, je déteste les hommes…

 

Arthur fut surpris.

 

– Ah bon, et pourquoi ?

 

Emmy plongea son regard dans le sien.

 

– Ils sont prévisibles, puériles, ils ne pensent qu’au cul et sont dénués de spiritualité.

 

Arthur sourit à nouveau.

 

– Et bien, j’ai honte d’appartenir à cette espèce…

 

Emmy sourit également avec un soupçon de remords.

 

– Excuse-moi Arthur, je suis un peu saoule aussi.
– Tu as le droit de penser ça, je comprends, c’est vrai qu’ils sont un peu comme ça…
– Et toi, c’est quoi ton problème, je t’ai pas vu mater une femme de la soirée…

 

Arthur plongea dans ses pensées.

 

– Je crois que je sais plus bien où j’en suis…
– Tu t’es fait largué il y a pas longtemps ?
– Non, non…
– C’est quoi alors, ton problème…

 

Arthur s’énerva légèrement.

 

– Pourquoi veux-tu que j’ai un problème ?

 

Emmy s’insurgea.

 

– Oh, oh, Cowboy, on se calme.

 

Arthur se leva.

 

– Excuse-moi Eva.
– Emmy…
– Oui, Emmy, désolé. Je ne me sens pas toujours à ma place…

 

Il prit une inspiration et se lança.

 

– La discothèque m’emmerde profondément, draguer les femmes me donne la sensation d’être un ado pré-pubère, alors je picole pour essayer de me donner une contenance qui finalement dérive en ridicule, les discussions des gens qui m’entourent sont aussi creuses que des coquilles de noix vides, et chaque jour, quand je me lève, je me questionne sur le pourquoi… Pourquoi, ça fait plus de 7 ans que je vis seul ? J’en ai eu des coups d’une nuit, et je me levais chaque matin, un peu plus loin de qui j’étais, un peu plus loin de ce que je voulais… Mais je ne sais pas ce que je veux Eva…
– Emmy…
– Oui Emmy. Je ne sais pas où trouver le bonheur, je ne sais pas où il est.
– Et ton boulot.
– Tu veux que je boive un peu plus ou on évite d’en parler ?
– T’as de la famille ?
– Mais peu importe… c’est au niveau du cœur, là, tu vois….

 

Il se tapa le poing contre le cœur.

 

– J’ai l’impression que ça ne vibre plus. Que même en face de Scarlett Johanson, je serais une statue.
– Peut-être que c’est un glaçon Scarlett Johanson…
– C’est pas la question… tu ne comprends pas….

 

Emmy se leva et se mit à marcher, puis elle se tourna vers Arthur.

 

– Je te comprends Arthur. Tu viens marcher avec moi ?

 

Arthur la suivit. Ils marchaient ensemble bras dessus, bras dessous, s’éloignant de la cacophonie de la discothèque.

 

– Tu sais finalement, je suis comme toi. Je crois aimer des hommes, mais j’aime l’image de femme assumée qu’ils me renvoient. Chaque matin, après qu’ils aient gonflé un peu plus leur orgueil dans mon lit, je me sens vide. Complètement vide.

 

Arthur lui sourit.

 

– Et je me mets à rêver d’un homme, comme dans les livres de princesses, de ce mec qui sait tout, voit tout, imagine tout, ressent tout, exprime tout… mais tout… juste…. tu vois ? Ce mec, son pénis, c’est secondaire, limite, il n’en a pas…

 

Arthur se mit à rire et reprit la parole.

 

– C’est vraiment un problème le pénis des hommes, mais tu sais, ça tourne pas toujours rond aussi pour vous… Je t’invite à boire un verre ?
Emmy se mit à rire à son tour.
– Tu veux qu’on fasse l’amour ?

 

Arthur était gêné.

 

– Oh non, pas du tout.

 

Emmy s’arrêta et le regarda dans les yeux.

 

– Arthur. Je veux qu’on fasse un pacte.
– Ok dis-moi ?
– Je ne veux pas qu’on fasse l’amour. Je ne veux pas qu’on couche ensemble.

 

Arthur semblait surpris.

 

– Ok si ça peut te faire plaisir… Mais je n’en avais pas envie.
– Je ne sais pas comment le prendre.
– Tu es compliquée.
– Je plaisante.

 

Un silence s’installa.
Emmy reprit la parole.

 

– Je te propose de tenter une aventure. Tu veux bien ?
– Je ne sais pas trop où tu veux en venir…. Je trouve ça un peu bizarre.

Emmy prit sa respiration.

 

– Et bien, tu te sens handicapé du cœur…
– Disons-ça….
– Moi aussi….
– Super.
– Alors tentons autre chose…. Me trouves-tu jolie ?

 

Arthur se passa la main dans les cheveux, gêné.

 

– Je sais pas, enfin, oui… tu as du charme.
– Ça c’est ce qu’on dit aux femmes qui sont moches.
– Non, non, je te trouve jolie… vraiment. Mais je suis pas dans le match là…
– Moi aussi je te trouve pas mal, et moi non plus, je suis pas trop dans le match, alors tentons un truc…

 

Arthur semblait attaché aux lèvres d’Emmy.

– Où veux-tu en venir ?
– Recherchons le désir.

 

Arthur la fixa et Emmy continua.

 

– Je veux dire, c’est ce putain de désir qui nous manque. Pas la pulsion éphémère du coup d’un soir… Le véritable désir, celui, qui nous fait vibrer, là au creux de notre ventre. Alors vivons une expérience pour le rencontrer, pour retrouver la vibration primaire. Celle de deux êtres qui vibrent l’un pour l’autre.
– Mais tu crois que c’est comme ça ? On fait un jeu, un pari et pouf, ça arrive ?
– Non, je pense qu’on peut la jouer autrement.
– Dis-moi.
– Tu te fais chier au boulot ?
– C’est le moins que l’on puisse dire.
– Moi aussi.
– Tes amis t’emmerdent ?
– On peut dire ça.
– Moi-aussi.
– Alors ?
– On quitte tout.

 

Arthur se mit à rire nerveusement.

 

– Comment ça on quitte tout ?
– Tout s’arrête ici, on redémarre à deux, et ailleurs… loin d’ici.
– T’es carrément barrée…
– Un peu oui…

 

Arthur fit les cent pas et se tourna brusquement vers elle.

 

– Mais on ne se connait même pas…

 

Elle lui répondit du tac au tac.

 

– C’est vrai. Mais c’est ça qui est fou.

 

Arthur la fixa à nouveau.

 

– Je crois sincèrement qu’on a un peu trop bu. Tu es une fille sympa Eva.
– Emmy.
– Emmy… Excuse-moi…
– Enfin, je pourrais m’appeler Eva si tu veux.

 

Elle se mit à rire.

 

– Emmy, on stoppe pour ce soir, je commence à avoir mal au crâne.
– Ok CowBoy. Je te laisse mon numéro.
– On fait comme ça.
– Ok et n’oublie pas de ne jamais me rappeler.
– Je vais essayer.

 

Le numéro sur le dos de la main, il l’embrassa sur la joue.

 

– Merci Emmy pour cette discussion.
– De rien Cow-Boy….

 

Un regret profond fit vibrer sa voix, mais Arthur fit mine de ne pas y prêter attention.

 

– Tu es une grande malade…

 

Elle le regarda dans les yeux et lui prit les mains.

 

– J’étais sérieuse CowBoy.

 

Il tourna les talons et la quitta. Il se mit à marcher dans la rue. Les lampadaires se reflétaient sur le sol, la pluie récente ayant laissé des miroirs scintillants. Arthur marchait d’un pas rapide pour essayer d’oublier la discussion qu’il venait d’avoir avec cette Emmy.
En rentrant chez lui dans son appartement, il se servit une boisson fraiche et s’assit dans son canapé. En face de lui, l’écran de télé, vide d’image, reflétait la sienne. Il se sentait bizarre, fatigué… encore une fois, vide.

Des années de vide… D’expériences vides… Dénuées de rêves…

Une angoisse luis saisit le cœur et la gorge.

Il prit son téléphone et envoya un texto à ses amis pour s’excuser d’être parti comme ça, sans dire au revoir.
En tapant son message, le numéro d’Emmy semblait tatoué sur sa main.

Il décida de lui envoyer un texto aussi.

 

Et sur un coup de folie….

Post written byFabien - Au pied d'un arbre

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