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Votre magazine moderne sur le développement personnel & la spiritualité

Cup of green tea with mint and dried rose buds on old wooden desk
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Oct 4, 2015

Avant l’entrée d’une personne, c’était toujours le même rituel. Mr Théo avait besoin d’une tasse de tisane pour se préparer à se mettre à la disposition totale de son patient. Les années d’expérience à accompagner les êtres lui donnaient l’assurance de pratiquement toujours trouver l’axe pour les « accoucher ». Pratiquement toujours… Il y a eu nombre de victoires, mais aussi des défaites. Ces dernières l’appelaient à la vigilance.

 

Pendant que l’eau chauffait, il s’observait dans le miroir et trouvait qu’il avait plutôt bonne mine. Il était attentif à toujours “bien présenter”, la première image était importante pour ses patients. Elle avait un rôle “tampon” entre leur monde matériel et tout ce qu’il avait à leur apporter, parfois un peu métaphysique.

 

Pendant qu’il préparait sa tisane, Mr Théo se remémora les belles rencontres de sa vie. Ses mentors, ceux qui lui avaient permis d’accéder à ses dons cachés. Les méthodes qu’ils avaient utilisées. Les premières séances en leur compagnie. Il n’avait jamais voulu prendre de cours mais avait pris la décision de développer sa propre méthode. Celle qui avait jaillit de ses entrailles, de ses lectures, de ses rencontres. Celle qu’il avait puisée dans son énergie créative la plus profonde.

 

Chaque première séance était épuisante, un match de boxe subtil qu’il fallait transformer rapidement en une danse chaleureuse et sincère. Il lui fallait pour cela se recentrer.

 

Alors pour trouver l’énergie en lui, il ouvrait la baie vitrée, s’asseyait en position de lotus et regardait le monde qui l’entourait. Il fermait ensuite les yeux et calmait sa respiration, se fondant rapidement dans le monde qui l’entourait, ne faisant qu’un avec le reste de l’univers. Il priait à son ange gardien de bien vouloir l’accompagner à aider les autres. Il se visualisait fort, trouvant des idées pour aider son prochain. Il se voyait souriant, ouvert à aimer et à accueillir l’autre. Puis il se confondait en Amour, simple, concret et sincère, priant à toutes les âmes présentes ici et ailleurs de bien vouloir lui donner l’énergie profonde, mystérieuse et unique d’accompagner sa prochaine patiente.
Et lorsqu’il se trouvait dans un état méditatif, il ne se sentait plus ici, mais loin, libre.

 

Le retour était toujours un moment délicat. Il fallait laisser le temps. Le temps à son âme de se raccommoder au monde matériel.

 

Lorsqu’il se leva, il s’étira et remercia la vie.

 

Il était l’heure du rendez-vous.

 

Lorsqu’il passa devant l’écran de son visiophone, il vit sa patiente suivante, Clara Finley, toute hésitante devant la porte. Il décida de lui ouvrir pour lui faciliter la tâche.

Il laissa quelques minutes filer pour permettre à cette jeune femme de prendre la mesure de son engagement. Passant une nouvelle fois devant le miroir, il se regarda une dernière fois et se sourit. Il était fier d’être quelqu’un de bien.

 

Lorsqu’il ouvrit la porte, il fut surprit par le visage angélique de sa patiente qui contrastait avec la noirceur de ses vêtements. Une première information qui révélait souvent chez l’autre la peur de rayonner, d’être visible. Il lui tendit la main et la salua distinctement, même si il veillait à garder la juste distance, une juste dose de neutralité. Le regard fuyant de cette jeune femme lui délivra la deuxième information. Un manque d’assurance manifeste ou une peur de la confrontation à l’autre. La poigne faussement ferme lui apporta la confirmation qu’elle voulait paraître « forte » sans réellement avoir les fondations nécessaires. D’autres énergies le transpercèrent, quelque chose de sombre, d’assez inexplicable, qui le saisit directement à la gorge, comme une angoisse. Lorsqu’il ressentait ça, il le savait : le sac était prêt à craquer. La patiente avait besoin de vider ses douleurs et de pleurer. Ou alors peut-être venait-elle de le faire ? C’était souvent le cas des personnes en deuil. Mais ce deuil pouvait être lié à un être ou à sa propre personne. Elle sentait une part en soi mourir.

 

Il l’invita à s’asseoir et lui proposa un thé qu’elle refusa. Réflexe souvent constaté chez les personnes qui n’avaient pas forcément envie de rester longtemps, comme si elles n’étaient pas à leur place, pas là où elles voulaient être.

 

Il fallait entamer rapidement la discussion, le malaise était trop fort pour la jeune femme. Il prit une voix douce pour ne pas la brusquer.

 

« Mme Finley. Je suis très heureux de vous recevoir ici et je vous remercie de vous être déplacée jusqu’à moi».

 

Elle remit une mèche en place et le regarda dans les yeux pour la première fois.

 

« Je vous en prie ».

 

Dans ce moment là, il le savait, quelques patientes se demandaient si elles étaient dans le cabinet d’un gourou. Il ne fallait rien brusquer, laisser venir, même si au fond de lui des centaines de vérités sur la personne venaient de jaillir. Si les premiers axes à lui donner s’entrechoquaient déjà dans son cerveau. Il fallait rester totalement calme et maîtrisé. Il s’agissait de la phase d’observation. Chaque geste qu’il faisait avait une importance pour son interlocutrice. Un peu comme l’animal blessé dans sa cage, qui voit arriver le vétérinaire avec sa seringue. Il fallait avancer lentement, délicatement.

 

« Mme Finley, puis-je vous demander simplement ce qui vous amène ici ? »

 

Clara regarda dans le vide. Et secoua la tête.

 

« Je ne sais plus vraiment ».

 

C’était une réaction classique. Souvent ses patients avaient déclenché tellement de douleurs, de souffrances, qu’ils ne savaient plus par quel point commencer. Mr Théo avait quelques questions pratiques pour trouver l’axe pour les faire parler. Mais il fallait continuer à avancer lentement.

 

« Je peux vous poser une question ? »

 

« Oui… »
« Expliquez-moi tout simplement, avec vos mots, la dernière fois où vous avez pleuré ».

 

Clara n’hésita pas longtemps.
« Avant d’arriver ici. »

L’ouverture était trouvée, il fallait ne rien brusquer.
« Et puis-je vous demander pour quelle raison ? »

 

Clara sourit ironiquement.
« Parce qu’un mec m’a klaxonné dans les bouchons. Il m’a rendu nerveuse. Et j’ai été prise d’une angoisse… Et j’ai pleuré une fois que c’était terminé ».

 

Mr Théo travaillait toujours sur ce premier axe. Les pleurs avait toujours une racine. Et un peu comme toutes racines, lorsque vous tirez dessus, elles se révèlent plus ou moins profondes, encrées. Certaines même sont impossibles à déloger… Et si vous tirez trop fort, elles se brisent.

 

« Savez-vous pourquoi vous avez pleuré ? »

 

Clara hésitait.

 

« Non, pas très bien. Parce qu’il m’a stressé»

 

Il s’agissait bien d’une racine profonde. Les racines profondes étaient plus difficiles à comprendre pour les patients. Puisque souvent, elles étaient encrées dans l’enfance et parfois même, mais très rarement, dans des vies antérieures.

 

Les premières indications lui délivraient des messages assez clairs sur cette personne. Elle avait surement vécu une adolescence dans laquelle la violence des actes ou des mots avait créé chez elle une hyper sensibilité ou un fait marquant l’avait rappelé à la brutalité des êtres. Cette hyper sensibilité pouvait être une fragilité ou une force selon la manière dont elle était utilisée, mais bien difficile à assumer dans le monde moderne, bousculant et bousculé.

 

La question suivante était souvent la bonne. Il se pencha et la regarda dans les yeux, le plus profondément possible pour aller chercher l’enfant qui se cachait en-elle….

 

« Clara, quelque chose vous fait-il souffrir ?»

 

Elle détourna la tête et des larmes se mirent à danser dans ses yeux. Elle luttait pour les retenir.

 

C’était déjà le moment de vérité. Celui qui allait instaurer leur relation dans le bon axe. S’autoriser à pleurer, c’était lui faire un peu confiance. La barrière allait s’effondrer. Sa méthode était faîte de ça, percer rapidement le sac de douleur et accompagner la personne à se délivrer rapidement de ses émotions paralysantes. Il fallait que les prochains mots soient comme des chemins tracés vers la libération.

 

« Clara, ne luttez pas. Vos larmes sont légitimes. Vous avez le droit de pleurer. Je pense que vous avez beaucoup souffert ».

 

Car aucune souffrance n’était relative pour Mr Théo, aucune. Une souffrance était. Point.

 

Les larmes commençaient à perler sur les joues de Clara. Elle commençait à renifler. Il lui tendit délicatement la boîte de mouchoirs. Elle le regarda en souriant.

 

« Je pensais pas que j’allais craquer à la première séance ».

 

Et elle continua à pleurer profondément pendant quelque minutes. Mr Théo lui prit la main avec tendresse et se mit à sa hauteur. Il le savait, le contact physique était fortement déconseillé dans une relation patient-thérapeute afin d’éviter toute projection fantasmée des patients. Mais lui avait la certitude que ce premier contact donnait à l’autre une vague de chaleur, une geste d’amour simple. Et de toute façon, il ne se considérait pas réellement comme un thérapeute.

 

« Dîtes-vous que vous avez juste gagné du temps et qu’ici, tout le monde a le droit de pleurer. Ici comme n’importe où ailleurs. Vous êtes simplement une âme un peu perdue ».

 

Clara se moucha délicatement et le regarda dans les yeux.

 

« J’ai plus confiance en personne. Je sais plus à qui je peux faire confiance. J’ai l’impression de m’enfermer de plus en plus dans ma bulle. J’ai l’impression de ne plus savoir avancer dans la vie… »

 

Mr Théo utilisait souvent l’expression qu’un vieux sage lui avait transmise.

 

« Je vous comprends Clara, c’est parfois difficile d’accepter de boiter… On ne peut pas malheureusement pas toujours courir. »

 

« Oui…. Peut-être… »

 

Clara inspira profondément et regarda Mr Théo en lui souriant vivement dans un regain brusque de gaieté.

 

« Bon bah ça c’est fait ».

 

Mr Théos savait que c’était l’égo qui reprenait subitement le dessus pour se donner bonne allure. Il avait devant lui une femme très jolie, soudainement pleine de pep’s, le regard scintillant, remplie d’une petite fierté lumineuse qui était comme le premier barreau de l’échelle pour remonter à la surface.

 

Il était enfin l’heure de faire connaissance….

 

“Un grand merci à Elise et ses conseils pour la rédaction de ce moment clef du roman”

Post written byFabien - Au pied d'un arbre

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This post has 9 comments

  • Boh c’est cool de jouer au cow-boy et aux indiens…!!!!! 😀
    J’avoue que j’aime moins la partie pour moi “moralisatrice/diseuse de vérités/sauveur énigmatique” de Mr Théo, je préfère la description et le regard porté sur les personnages précédemment.
    J’aime la bienveillance, l’ouverture, l’accueil, le regard rempli d’amour inconditionnel porté sur eux, à ce moment-là.

    • AUTHOR COMMENT
      Fabien - Au pied d'un arbre
      says:

      Bah oui c’est cool, mais tout le monde n’aime pas jouer aux cow-boys et aux indiens ;o)

      • AUTHOR COMMENT
        Fabien - Au pied d'un arbre
        says:

        Il faudra que j’échange au sujet de ta remarque, elle m’intéresse pour affiner le personnage de Mr Théo parce qu’en écrivant, quelque chose me dérangeait et c’est peut-être un peu ce que tu dis. Je reviens vers toi par mail.

    • AUTHOR COMMENT
      Fabien - Au pied d'un arbre
      says:

      Encore merci Miss Elise, tes remarques sont précieuses et là je ne changerai plus cette partie parce que j’ai pris plaisir à l’écrire.

  • hé hé hé… Et ça se sent !!!!
    J”

  • arg mais qu’est ce qu’il s’est passé…!!! 😀
    Donc je disais :
    J’ai pris plaisir à le lire moi aussi, grand plaisir !!!! Passionnant ce Mr Théo, génial de découvrir son point de vue intérieur, on a l’impression de rentrer dans des coulisses secrètes, trop bien.
    Je l’aime bien mieux comme ça. :-)
    Merci !! Je veux la suite !!

  • Et merci pour ton merci de la fin :-)

    • AUTHOR COMMENT
      Fabien - Au pied d'un arbre
      says:

      T’as été l’obstétricienne de Mr Théo, tu peux enlever tes gants, ton masque, aller te laver les mains au lavabo et te dire “Good Job, it’s a boy” avec un grand sourire.

      Bon j’ai relu c’était bourré de fautes, si t’en vois tu me dis stp parce que j’aime pas ça ! Et je sais que tu les vois !!! ;o)
      Parfois comme j’écris, je réécris et que je suis pressé de mettre en ligne (je me tape sur les doigts tiens…).

  • Oh je suis une sage femme, cool. :-)
    😀 Moi aussi je fais comme toi, je suis pressée de publier :-).
    Bon c’est vrai qu’il y a des gens très pointilleux et qui peuvent être choqués par des fautes alors oui, je te dirai promis (et te tape pas sur les doigts hein non mais…! ;))

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